Arcadie: des épices, des aromates et du coeur !

De 1978 à aujourd’hui, cette entreprise Gardoise a su tenir le cap du respect de la bio et de l’humain. Pour la famille Kimmel-Brunet il s’agit à la base d’un retour à la terre, mais surtout d’une aventure passionnante, pleine de rebondissements, de courage et de respect. Voici le récit de cette entreprise qui emploie aujourd’hui 85 salariés et affiche un chiffre d’affaires de presque 14 millions d’euros en 2016.

Arcadie équipe

En 78, Dominique et Bernard quittent l’Alsace pour se lancer dans la culture des plantes médicinales aux pieds des Pyrénées. Leur ambition : penser et agir différemment, en créant une activité centrée sur l’homme et la nature. Pour trouver une clientèle, ils diversifient leur production jusqu’à 120 variétés. Seuls, c’est impossible, ils montent alors La Coopérative Agricole Des Plantes Médicinales avec une dizaine d’autres familles. Leurs situations financières sont précaires mais ils ne baissent pas les bras et la bonne humeur ambiance les réunions collectives. En 86, la marque Herbier des Pyrénées voit le jour (elle deviendra Herbier de France plus tard). Les coopérateurs  choisissent de tout commercialiser eux-mêmes, sans intermédiaire. En 88, c’est la crise, plus de commande ! Sur le point de déposer le bilan, ils se donnent une dernière chance jusqu’à Noël… Heureusement ! En septembre tout repart et pour répondre à la demande ils sont même obligés d’acheter d’autres lots en France. En 89, la coopérative se transforme en Scop : c’est le baptême d’Arcadie !

À cette période, ils cherchent à étoffer leur gamme avec des épices, mais en bio, il n’y a rien. Sur un coup de chance, ils rencontrent un producteur Malgache qui souhaite labelliser toute sa production. C’est une prise de risque mais un partenariat est mis en place et Arcadie commande son premier container. Girofle, vanille, gingembre, curcuma, cannelle… Les clients de la Scop jouent le jeu et la marque Cook débarque dans les magasins bios de France. Il faut trouver des locaux plus grands et en 91, Arcadie sous-loue une partie de l’usine de Senfas (fabricant de produits alimentaires transformés bio) à St Quentin La Poterie.

On ne commande au vent qu’en lui obéissant

En 93, c’est le tournant vers l’international. Arcadie se positionne comme fournisseur d’ingrédients bio pour les industriels qui commencent à prendre ce virage. Deux ans plus tard, il faut stocker plus, 10% de croissance en moyenne par an avec 5 salariés. C’est à Méjannes Les Alès qu’ils éliront domicile mais certains salariés/associés ne suivent pas et l’entreprise est obligée, à contre cœur, de se transformer en SARL. Tant pis ! Les fondateurs affichent la devise marine « On ne commande au vent qu’en lui obéissant ».

Arcadie se développe, change, s’adapte, aux grès du temps et de la demande en gardant l’humain prioritaire. Ils passent aux 35h en 99, et sans perte de salaire bien sûr ! Ils mettent aussi en place une formation diplômante pour leurs salariés, une vingtaine à cette époque, un vrai investissement de la part de tout le monde. Un nouveau déménagement en 2004, cette fois, pour s’installer chez eux. Côté engagement social, ils embauchent plusieurs fois des « jeunes des quartiers », comme on dit, mais l’administration n’y met pas du sien et les espoirs sont souvent brisés. En 2013, une micro-crèche ouvre ses portes pour les salariés, ce sont plus de 20 bébés qu’Arcadie a vu naître en 30 ans.

L’entreprise soutient le développement des filières de la bio, en France et à l’étranger. Ils se fournissent sans intermédiaires pour que les producteurs aient un prix plus juste. Ils co-créent un label de commerce équitable, Biopartenaire, qui engage les deux partis sur 3 ans minimum. Pour les conditions de travail, une personne à temps plein travaille à réduire la pénibilité des postes en production. Pour l’approvisionnement dans des pays en développement, Bernard Kimmel reconnaît que « tout n’est pas rose », mais à mon sens, Arcadie fait de son mieux. Il écrit « nous imposons que nos choix de fournisseurs intègrent non plus seulement le cahier des charges de la bio mais un certain nombre d’engagements au niveau de la justice sociale ». Depuis 2009, Arcadie a fondé une ferme expérimentale avec l’aide du Civam pour trouver des modes de cultures plus autonomes. Des producteurs locaux peuvent y venir et utiliser le matériel de transformation mis à disposition.

L’Holacratie, un modèle de gouvernance partagée

Depuis le départ, la vision des fondateurs est de « faire autrement », c’est valable pour les prises de décision. Dès 2005, une direction « collégiale » est officiellement mise en place comptant 5 salariés et une personne du conseil de surveillance. Dorothée Cauvy, responsable communication me confie qu’ils sont actuellement en train de passer à l’Holacratie, un modèle de gouvernance partagée linéaire non pyramidale. « Avec ce système, nous souhaitons donner à chacun une vision globale de l’entreprise sur tous les plans, en redonnant à chaque membre sa souveraineté. Le rôle de chacun est défini très précisément, différenciant bien la personne de son rôle. On sait qui s’occupe de quoi, les réunions sont bien plus structurées et chacun est valorisé car il a une grande autonomie dans son rôle. Le changement de gouvernance est en cours, cela va prendre quelques mois avant qu’il soit vraiment opérationnel et intégré par tous». Je ne serai pas étonnée qu’Arcadie devienne un modèle dans ce domaine aussi.

Julie Claverie

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