Rosario, des jardins communautaires pour lutter contre la crise Séverine Bazin magazine Greenouille

En période de crise, il faut nourrir la population, créer des emplois et des revenus. Pour y remédier, l’agriculture urbaine peut-être une solution envisageable. En plus de subvenir aux besoins alimentaires et financiers, elle crée un espace de convivialité, de loisir et d’éducation à l’environnement.

Lorsque l’agriculture est écologique, elle permet une meilleure protection de la biodiversité, mais aussi la réduction de la distance entre producteur et consommateur. On économise de l’énergie ! Enfin, elle rend la réutilisation des déchets organiques possible. L‘agriculture urbaine ralentit le processus de réchauffement climatique.

La ville de Rosario, en Argentine, a opté pour ce type d’agriculture. Face à une crise économique importante en 2001, Rosario accepte la proposition du Centre d’Etudes pour la Production Agroécologique de Rosario (CEPAR) de créer un Programme d’Agriculture Urbaine (PAU). Il s’agit de jardins communautaires à destination de la population locale, surtout des plus pauvres. La participation est alors massive, notamment en raison de l’obligation de réaliser une activité sociale pour obtenir les indemnités de chômage. Plusieurs activités sont mises en place au sein du PAU : construction de fours, vente de légumes sur les marchés, actions de formation et de conscientisation agroécologique. Tout cela lui vaut l’un des prix des 10 meilleurs projets de lutte contre la pauvreté dans le monde, décerné par l’ONU Habitat et la municipalité de Dubaï.

Cultiver les terres du Programme d’Agriculture Urbaine

En 2005, entre 150 et 250 maraîchers et maraîchères cultivent les terres du PAU. La plupart d’entre eux sont des personnes pauvres, venant des régions rurales du Nord du pays. Elles ont migré vers la ville à cause de la modernisation agricole, expulsant les modestes producteurs de leurs terres. Leurs savoirs en termes d’usage des fruits et légumes, plantes aromatiques et herbes médicinales sont conséquents.

Aujourd’hui, les maraîchers n’ont majoritairement plus ce savoir. Il s’agit d’une population urbaine, sans expérience. Le programme est stable grâce à quelques individus devenus maraîchers à plein temps suite à une perte d’emploi par exemple. Notons que 65% des individus travaillant aux jardins communautaires sont des femmes en situation précaire (pauvreté, drogue, violence, etc.). De manière générale, les maraîchers et maraîchères sont issus des bidonvilles et font face à une grande fragilité psychologique. Ayant connu la pauvreté et l’exclusion sociale, les individus se retrouvent souvent en grande difficulté pour entrer en relation avec d’autres personnes. De plus, la planification et la gestion des ventes sont deux tâches s’avérant complexes pour eux. La spécificité de cette population nécessite un soutien technique et social.

A l’heure actuelle, le PAU est composé d’espaces intra-urbains dont les sols ont été rendus cultivables. Ils se composent de 5 parcs-jardins, 5 jardins communautaires agroécologiques, 17 potagers agroécologiques, 2 systèmes de production organoponique, un espace de conservation de la biodiversité, une banque de semences et une pépinière pour la production de semis et de biofertilisants. Mais alors où sont-ils situés exactement ? Les potagers communautaires peuvent se trouver près des chemins de fer et des autoroutes ou encore dans des terrains abandonnés. Les parcs-jardins se situent sur des terrains publics. Ces espaces sont multifonctionnels. Des activités de loisirs et d’éducation ont lieu en plus de l’activité agricole.

Que produit-on dans les jardins ?

On y produit majoritairement des légumes, mais pas seulement ! Des herbes aromatiques, des plantes médicinales, ornementales et des fruits sont également cultivés.

Une fois qu’ils sont produits, les légumes sont lavés, coupés, emballés puis vendus.

Les fruits et légumes sont vendus dans six marchés en centre-ville de Rosario de manière hebdomadaire. Une distribution de paniers a commencé en 2010. C’est 40 à 50 paniers qui trouvent leur consommateur chaque semaine ! Grâce à cette activité viable, chaque personne obtient un revenu moyen de 500 pesos, en plus des revenus des marchés. Et ce n’est pas le seul gain que les maraîchers obtiennent : ils gagnent surtout en autonomie de gestion. D’abord conçue et mise en place par l’équipe technique, la distribution de paniers est, de manière progressive, davantage géré par les maraîchers.

L’équipe technique se constitue de 25 membres. Parmi eux, on retrouve des techniciens issus du CEPAR, présents depuis le début du programme. On retrouve aussi des « promoteurs » à savoir les maraîchers les plus actifs lors des débuts du PAU. Ces promoteurs sont en charge de la dynamisation, de l’articulation et de la cohésion du collectif. Enfin, les autres membres sont des jeunes techniciens universitaires dont des ingénieures et ingénieurs agronomes. Le PAU a mis au goût du jour l’étude de l’agriculture en maintenant des liens étroits avec l’Université nationale de Rosario.

Le PAU a organisé de nombreuses actions éducatives afin de promouvoir une consommation responsable et l’agriculture urbaine.

Finalement, l’agriculture urbaine, ça marche ?

Grâce à l’agriculture urbaine, les individus les plus pauvres et exclus ont pu obtenir un revenu stable, en plus de changer leur mode de vie. Pourtant, le PAU n’est pas perçu comme étant un emploi stable et rémunérateur par le reste de la population rosarienne.

Au départ, les terres n’étaient pas fertiles. Malgré tout le travail effectué pour rendre sa fertilité à la terre, la productivité reste moyenne. Des fleurs sont cultivés sur les sols impropres à la culture de légumes.

La légalisation de cette activité a été une bataille contre les grandes industries. Ces dernières ne laissent aucune place aux nouveaux producteurs artisanaux et encore dans moins dans le domaine de la cosmétique naturelle.

Les aliments provenant du PAU sont à faible coût, les revenus sont donc faibles. Les personnes travaillant aux jardins communautaires sont donc amené à trouver une autre activité afin d’avoir un salaire suffisant. Le temps passé à cultiver est donc réduit.

C’est là la limite du PAU, souhaitant pouvoir nourrir toute une famille en lui donnant un travail à temps plein.

La diversité des produits est également limité, notamment à cause de la qualité des sols mais aussi en raison du climat.

Le manque de quantité et de diversité des produits proposés est un frein majeur au développement du PAU.

Le PAU cherche à promouvoir l’intégration et la cohésion sociale, établir un courant de confiance à mesure que se renforce l’appartenance à un groupe. Le fait de cultiver dans des jardins communautaires où chacun devient responsable d’une parcelle tout en participant à un projet commun crée un espace pour l’apprentissage des valeurs de solidarité et de soutien mutuel. En favorisant les aptitudes personnelles à gérer son travail dans le temps, on stimule la motivation, le sens des responsabilités et l’autonomie. Il en résulte une meilleure estime de soi, de plus grandes facultés à aller vers les autres, prendre des initiatives et se prendre soi-même en charge. Tels étaient les objectifs du PAU, dès ses débuts (Lattuca 2006, Mazzuca et al. 2009) même si un doute persiste sur le type d’orientation à privilégier dans le conseil et l’appui technique : la productivité ou le social

Défendre l’agriculture urbaine est un grand défi. En effet, l’agriculture a encore du mal à trouver sa place au sein des villes. Il a fallu convaincre les départements, la municipalité et l’Etat.

Les jardins communautaires améliorent les paysages, contribuent à la gestion des déchets urbains. Augmentent l’offre de zones vertes et récréatives de la ville, et réduisent les coûts d’acquisition et de préservations de ces espaces. De plus, l’agriculture urbaine ralentit le processus de réchauffement climatique !

Des activités d’éducation à l’environnement sont menées depuis le début du programme, notamment auprès des enfants dans les écoles mais aussi pour tout public.. Depuis, une vingtaine de maraîchers ont été certifiés spécialistes en cultures écologiques par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité Sociale, grâce au programme de formation du PAU.

Des activités sportives et de loisirs ont lieu dans les parcs-jardins.

Cet aspect du PAU concerne surtout les classes moyennes et moyennes-supérieures. L’objectif principal du PAU était d’aider les populations pauvres et exclues.

Cependant, ces activités permettent d’affaiblir la discrimination sociale en valorisant l’image de l’agriculture urbaine.

Le PAU avait été conçu pour créer des emplois et des revenus, par le truchement de l’agriculture urbaine et pour la population pauvre. L’objectif majeur était l’insertion sociale par le travail, en rupture avec l’assistanat habituel des autres politiques de lutte contre la pauvreté. Une chaîne agroalimentaire locale a donc été construite. Aujourd’hui, elle relie un réseau de jardins agroécologiques, deux agro-industries artisanales et un réseau local de consommation articulé autour des marchés, d’une vente de « paniers » et de groupements de consommateurs.

Séverine BAZIN

Côté jardins solidaires à Nîmes, insertion et accompagnement