Les Gorges du Gardon refuge de biodiversités!

Pour ce Greenouille estival, j’ai eu envie de m’intéresser à cette belle rivière si caractéristique de notre patrimoine naturel. Le dossier sur les océans l’été dernier m’avait chamboulée tant ils souffrent d’attaques multiples (pollution agricole, réchauffement climatique, pêches névrosées…). Je m’attendais à un constat affligeant quant à l’état de la biodiversité et de l’eau des gorges du Gardon… Et bien mes amis, pour une fois les indicateurs sont plutôt encourageants !

Un peu d’histoire. Le Gardon est un affluent du Rhône, il a sources dans les Cévennes (Alès, Anduze et St-Jean-du-Gard). On parle des gorges du Gardon pour désigner le canyon entre Dions et Remoulins (un peu moins de 500 hectares), classée réserve naturelle depuis 2001.

Les gorges du gardon

Des traces de l’activité humaine dans les Gorges remontent à plus de 35 000 ans comme en témoigne la grotte de Beaume-Latrone, sur la commune de Ste-Anastasie. C’est le deuxième site le plus riche en terme de dessins pariétaux après Chauvet. Ces deux sites remontent aux temps où mammouths, tigres à dents de sabre et ours arpentaient les rives du Gardon bordées de forêts. C’est environ 5 000 ans avant J.C, pendant le néolithique, que l’activité humaine à radicalement changé le paysage et sa biodiversité. La sédentarisation, l’agriculture et notamment l’activité pastorale a donnée naissance à la Garrigue. Stéphanie Ferrier du Syndicat mixte des gorges du Gardon (SMGG) défi ni la garrigue comme un milieu ouvert : « une formation végétale avec des espèces résistant à la sécheresse et qui se développe sur un terrain calcaire caractérisé par des roches apparentes. » Avec la révolution industrielle, l’homme a massivement quitté les campagnes. En garrigue, l’activité humaine s’est petit à petit réduite. Aujourd’hui, l’activité pastorale est très faible, et ce milieu ouvert se referme, laissant la forêt reprendre ses droits, comme en Camargue. Mais bien des espèces (faune et flore) y ont leur habitat. « L’activité humaine n’a pas toujours été négative, surtout que les anciens avaient un gestion durable des ressources. En garrigue, elle a permis une grande biodiversité que nous voulons préserver. Le mieux, c’est d’avoir tout genre de milieux : ouverts, forêts, lisières… pour avoir le plus grand nombre d’espèces » m’explique Pauline Bernard du Conservatoire d’espaces naturels du Languedoc Roussillon (CEN LR).

Etat des lieux écologique

Toutes les personnes que j’ai interrogées sont unanimes, les Gorges du Gardon se portent plutôt bien, malgré les 450 000 visiteurs annuels et le développement des agglomérations voisines (Nîmes, Montpellier et Alès). Au niveau de l’eau pour la baignade, tous les voyants sont au vert. Jean Philippe Reygrobellet du Syndicat mixte d’aménagement et de gestion équilibrée des Gardons (SMAGE) m’apprend que toutes les analyses d’eau sont menées par l’Agence régionale de santé (ARS). Du point de vue bactériologique, les analyses sont très bonnes, ce qui signifie qu’on peut se baigner dans les gorges du Gardon sans craindre d’être malade en avalant un peu d’eau. Au niveau chimique, l’eau est loin d’être aussi polluée que ce que je pensais. Des métaux lourds se retrouvent surtout dans les sédiments dans lesquels on trace l’impact des anciennes mines métallurgiques de la région. « Il y a bien sûr des pesticides, des antibiotiques et autres polluants dans le Gardon, mais cette rivière est naturellement filtrée par le massif urgonien (calcaire) » ajoute Régis Neyrolles du SMAGE.

Avec les directives européennes de ces dernières années, les communes ont fait un réel effort en terme de station d’épuration par exemple. La qualité de l’eau des rivières en France s’est globalement améliorée ces 20 dernières années selon Régis. L’enjeux principale consiste à mieux connaitre la quantité des eaux, pour en avoir une gestion plus durable. Bien des villages puisent cette eau, pour les besoin ménagers mais aussi agricoles et industriels. C’est bien pour cela que Jean Philippe parle de ressource en tension qu’il ne faut absolument pas gaspiller. Pour Stéphanie et Pauline, même constat positif! Leurs missions consistent à étudier les espèces de la faune et de la flore, et si ces espèces vont bien, c’est que globalement le Gardon va bien. Même si la biodiversité est très riche, certains animaux et insectes sont protégés. Le lézard osselet, parsemé de points bleus, est le plus grand Lézard d’Europe, il atteint jusqu’à 70 cm. Les vautours disparaissent à cause du manque de carcasses. Les éleveurs n’ont plus le droit de laisser des cadavres d’animaux dans la nature. Il n’y a que 10 000 aigles de Bonelli dans le monde, la France compte 30 couples dont 3 dans les gorges du Gardon. Ces rapaces nichent dans les falaises et chassent en milieux ouverts. Si la garrigue disparaît, ils ne pourront plus se nourrir. Avec l’activité touristique, d’autre menaces sont apparues. C’est le cas avec l’escalade mais le SMGG a pu trouver un terrain d’entente avec la Fédération française de la montagne et de l’escalade. Stéphanie me confie « On arrive à préserver un endroit quand les gens veulent bien discuter ». C’est également le cas d’EDF qui va faire des travaux d’enfouisse-ment de lignes à haute tension, dangereuses pour les rapaces. Plus de 20 espèces de chauves-souris sont répertoriées dans les gorges, toutes sont protégées. Les pesticides font qu’il y a beaucoup moins d’insectes, leur source principales de nourriture. Les Gorges sont reconnues et aimées par les populations depuis longtemps. C’est notre patrimoine, historique et culturel et nous, les autochtones gardois, avons à coeur d’en préserver la beauté. Les gens qui vont en bord de Gardon sont plutôt des amoureux de la nature, il n’est pas facile d’accès sauf à Collias, et les comportements ne sont pas au jetage sauvage de déchets. Les crues sont plus polluantes car elles ramènent une grande quantité de plastiques, et avec le réchauffement climatique, elles sont de plus en plus fréquentes et intenses. Lors des opérations de nettoyages annuels, plus de 100 bénévoles se mobilisent pour ramasser ces ordures. Ils retrouvent aussi beaucoup de pneus car les professionnels doivent payer pour les faire recycler.

Les actions de protection

Le SMGG et le CEN LR sont en quelque sorte les gardiens de la biodiversité des gorges et du maintien du milieu ouvert associé à la garrigue basse. Un de leur rôle est de sensibiliser les populations aux enjeux écologiques de ce territoire, que ce soit les riverains ou les agriculteurs. Beaucoup d’animations sont organisées avec les écoliers des villages alentour. Pauline trouvent que cela aide aussi les parents à avoir des comportements éco-responsables. Elle ajoute « tout se joue avec les enfants, car se sont eux qui décideront que faire de la garrigue ».Les différents partis pris laissent une grande marge de manœuvre aux équipes sur le terrain, mais selon Pauline il y a un manque de vulgarisation des études scientifiques et peu de temps pour se documenter et bien comprendre toutes les nouvelles données. Elle termine notre entretien en disant qu’il n’y a pas de petits gestes en ce qui concerne la préservation des gorges, chaque petit effort compte et chacun peu s’impliquer.

Il ne faut pas hésiter à leur demander conseille sur comment favoriser la biodiversité dans son jardin ou comment prendre soin de sa mare. Stéphanie pense que nous sommes à un moment charnière de l’histoire de ce territoire. Certes, l’élevage de moutons a presque disparu, mais elle constate que de nouvelles personnes s’installent même si c’est très difficile économiquement. L’état donne des aides pour encourager les attitudes en par- cours pour les troupeaux, les transhumances en quelques sorte. Ainsi, si un berger mène ses bêtes sur 100 hectares à l’année, il peut prétendre à 8 000€ d’aides. Mais cela reste difficile par ici car l’herbe n’est pas aussi nourrissante qu’en montagne. Des actions sont également menées pour préserver le patrimoine et le savoir-faire autour de la pierre sèche. Les fameux murets clapas permettent aux eaux de pluie de s’écouler. C’est une ressource durable que le SMGG met en avant avec des chantiers d’insertion d’utilité sociale. Des délinquants, mais aussi des détenus viennent refaire ces murets. « C’est un super moyen de réunir valeurs sociales et écologiques » se réjouit Stéphanie, « tout le monde est sensible à la nature, c’est un très bon vecteur de réinsertion ».

 

Julie Claverie

www.gorgesdugardon.fr

www.cenlr.org

http://www.les-gardons.com

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