L’agroécologie, utopie ou solution d’avenir ?

Bien que l’agriculture biologique connaisse une croissance considérable, la France reste dans le top 3 des plus gros utilisateurs mondiaux de pesticides ! Les études en dénoncent pourtant régulièrement les dangers pour notre santé et l’environnement. L’interdiction de plusieurs d’entre eux s’invite dans les débats au parlement. Les choses avancent, mais lentement. Pendant ce temps, s’invente une nouvelle forme d’agriculture visant à sortir d’une production intensive basée sur l’usage massif de chimie, sans perdre de vue les enjeux de demain : nourrir la population, faire face au changement climatique, assurer la (sur)vie des personnes aux 4 coins du monde.

isée

Rencontre avec une experte

Isée Douay, ingénieur environnement en agroécologie, consultante, formatrice et agricultrice, définit l’agroécologie comme un mode de production agricole visant à limiter les intrants, doublé d’une discipline scientifique et technique qui vise le partage de savoirs sur nos capacités à vivre dans un environnement donné sans le dégrader.

Un travail de fourmis au champ des cigales

Isée nous accueille à Saint Gervasy sur son nouveau terrain d’investigation, une oliveraie de 62 arbres sur 4000m2 et autant de bois alentours, sur lequel elle met en place des parcelles expérimentales. Une production associée fruits et légumes, en agroforesterie. Le principe ? Utiliser les arbres, intervenir au minimum et limiter les intrants. Isée nous en livre quelques recettes : « Même les tomates peuvent s’accommoder d’ombre et les arbres procurent de gros avantages, ils disposent d’une réserve naturelle dite « bulle d’eau » qui permet de limiter l’arrosage des plants alentours. Les branches de taille broyées constituent un bon amendement. La culture associée favorise la qualité du sol et augmente la résistance aux maladies. Une grande partie des terres est laissée aux herbes car la prairie constitue l’habitat des parasitoïdes de la mouche de l’olivier. Les haies aux abords des parcelles servent d’abris aux oiseaux, précieux insectivores ». La collaboration naturelle inter-espèces est le secret de la prospérité des cultures. « Nous n’utilisons aucun intrant, hormis le fumier des chevaux voisins. Tous nos produits sont bio.»

Retisser des liens fondamentaux

En agroécologie, les systèmes sociaux et écologiques sont liés, l’agriculture et l’alimentation indissociables. Les travaux d’Isée, aidée de son beau-frère, s’inscrivent dans cet esprit : leur production va fournir un restaurant d’application en Arles, permettant d’évaluer la possibilité de produire à 2 les quantités nécessaires au service de 30 couverts/jour. « Notre ferme va servir de test grandeur nature. Elle sera le site d’expérimentation de techniques diffusées au sein de l’association Afrique en vie dont je suis membre, et accueillera des stages de formation aux techniques agroécologiques ». Un rapport de l’ONU* fait état de la possible multiplication par 2 en 10 ans, de la production alimentaire mondiale par la généralisation de l’agroécologie. Basée sur l’utilisation des ressources locales humaines et naturelles, cette pratique se veut productive et autonome. Elle permet de réduire les investissements financiers, est adaptable et reproductible et tient compte de techniques saines et non polluantes. Et si nous revenions dans quelques temps voir Isée, pour faire le bilan de cette belle expérience ?

Virginie Sanfelieu

*d’Olivier de Schutter, 2011

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